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Stress & émotions

Comment vous levez-vous le matin ? Le rituel qui change la journée

À Trouville, j'ai demandé à quatorze participants comment ils se lèvent le matin. Leurs réponses révèlent un angle mort de dirigeant. Le rituel du matin, un levier sous-estimé.

Catherine Descamps, auteure de l'article « Comment vous levez-vous le matin ? Le rituel qui change la journée »
Catherine Descamps
17 juillet 20267 min de lecture

Au Salon du Mieux-Être de Trouville-sur-Mer, le lendemain de ma conférence « Rêvez Grand », j'ai réuni quatorze participants en cercle. Je leur ai posé une question d'apparence banale : comment vous levez-vous chaque matin ? Quatorze personnes ont répondu. Aucune n'a répondu à la question réellement posée. Un exercice minuscule, presque enfantin. Il ouvre pourtant deux portes que les dirigeants franchissent rarement : l'écoute réelle, et la manière dont vous ouvrez votre journée.

La question posée en cercle

Nous étions installés, tout le monde assis, l'après-midi d'une journée d'ateliers. Ma consigne tenait en une phrase : « Comment vous levez-vous le matin ? » J'attendais une réponse simple, presque mécanique. Le geste physique. Le mouvement du corps pour passer de la position allongée à la position debout. Rien de plus.

Voici ce que j'ai entendu, quatorze fois de suite. Le nombre de réveils programmés. La sonnerie repoussée deux ou trois fois. Et pour la moitié au moins du cercle, la même confidence : « Je prends mon téléphone dès le lit. Je sais que ce n'est pas idéal, et je le fais quand même. » Chacun racontait son réveil. Personne ne décrivait son lever. Le décalage, à cet instant, était saisissant.

Quatorze réponses, à côté de la question

Ma question portait sur un geste. Les réponses décrivaient une routine matinale. Cet écart n'a rien d'anecdotique : il décrit un mécanisme que je retrouve dans chaque salle de direction. Nous interprétons les questions au lieu de les écouter. Nous répondons à la question que nous croyons entendre, rarement à celle qui est posée.

Pour un dirigeant, ce mécanisme devient un enjeu majeur. Un collaborateur vous expose une situation, et vous répondez déjà à votre interprétation. Une partie prenante formule une demande, et vous en entendez une autre. Combien de tensions naissent de cet écart silencieux, entre la question posée et la question entendue ? L'écoute réelle, cette compétence qui consiste à accueillir la question exacte avant d'y répondre, se travaille. Je l'aborde dans mon guide sur l'écoute active en management. Décoder ce que l'autre dit vraiment commence par décoder ce que nous projetons sur ses mots.

Catherine Descamps anime l'atelier sur les rituels du matin lors du Salon du Mieux-Être à Trouville

Deux personnes sur quatorze : le geste oublié

Lorsque j'ai reformulé, lorsque j'ai précisé que je cherchais le geste physique, une deuxième donnée est apparue. Sur quatorze participants, deux seulement s'assoient au bord du lit avant de se lever. Deux. Les douze autres passent de l'horizontale à la verticale d'un seul élan, happés par la journée qui commence.

Le lever est un angle mort. Le matin, avec ce même groupe, j'avais animé un exercice sur notre rapport au changement (je le raconte dans mon article sur pourquoi le changement fait peur). L'après-midi confirmait la même vérité : nos gestes les plus quotidiens fonctionnent en pilote automatique. Le cerveau adore l'automatique, parce qu'il économise. Et dans cette économie, le tout premier geste de la journée nous échappe. Nous le répétons des milliers de fois sans jamais le regarder.

Le rituel du matin, geste par geste

Le rituel du matin tient en cinq gestes conscients. Chacun a une fonction précise. Chacun se pratique en quelques instants, sans équipement. Leur force tient à la répétition, matin après matin.

Respirer avant de bouger. Encore allongé, offrez-vous trois ou quatre respirations lentes et profondes. Le corps reçoit un premier signal de transition, avant même le mouvement. Les toutes premières minutes du réveil donnent le ton au système nerveux pour la journée.

S'asseoir au bord du lit. Redressez-vous progressivement, posez les pieds au sol et restez assis quelques instants. Ce temps court crée une transition entre le sommeil et le mouvement. Il rend au corps la main sur le passage à la verticale.

Boire de l'eau. Le corps sort de plusieurs heures sans hydratation. Un verre d'eau relance l'organisme en douceur.

Visualiser sa journée. Quelques secondes suffisent pour poser mentalement les moments clés qui vous attendent. La visualisation ancre l'intention avant que le flux extérieur ne prenne le dessus. C'est le principe même du sportif : il imagine toujours son prochain départ meilleur que le précédent.

Ancrer un rituel personnel. Une respiration, une phrase, un geste qui vous appartient. Ce marqueur signale à votre cerveau que la journée démarre sur vos termes.

Ce que vit l'organisme après une nuit allongée

Pourquoi tant d'attention à ce passage ? Parce que l'organisme vient de traverser six à huit heures en position allongée, idéalement sept à huit. Le corps entier, les organes, la circulation se sont installés dans cet état de repos horizontal. Pendant ces heures, le rythme cardiaque ralentit, la pression se stabilise, la vigilance se met au repos.

Au réveil, la tension artérielle et le cortisol amorcent naturellement leur remontée pour préparer l'action. Se lever brusquement demande à tout ce système de basculer d'un coup et ajoute un à-coup à cette mécanique déjà en route. S'asseoir quelques instants offre à l'organisme une transition progressive, plus respectueuse de son rythme. Il ne s'agit pas d'une prescription médicale, simplement d'une écoute du corps. Ce même respect du rythme physiologique traverse mon travail sur la prévention du burnout par les neurosciences : l'organisme envoie des signaux, et notre marge de progrès s'ouvre dès que nous les décodons.

Le lever, première décision du dirigeant

Le premier geste de la journée est une décision. Le tout premier. Quand la main saisit le téléphone avant que les pieds touchent le sol, la journée démarre sur une réaction : les notifications, les messages, les urgences des autres deviennent votre point de départ. Vous ouvrez les yeux, et vous répondez déjà au monde.

Quand vous choisissez le geste conscient, vous asseoir, respirer, visualiser, la journée démarre sur une intention. Vous décidez avant de réagir. Se réveiller du bon pied cesse alors d'être une formule héritée : cela devient une décision reproductible, identique chaque matin dans son intention. Pour un dirigeant, cette bascule est structurante. La qualité de vos décisions d'après-midi se prépare dès le premier geste du matin. Reprendre la main sur son réveil, c'est reprendre la main sur son énergie. Ce sujet trouve sa place dans mon accompagnement à la gestion du stress : un dirigeant serein commence par des matins choisis.

Trois gestes à ancrer dès demain matin

Voici la mise en pratique, à installer dès votre prochain réveil.

  1. Gardez le téléphone hors de portée. Posez-le loin du lit, ou dans une autre pièce. Le premier regard de la journée mérite mieux qu'un écran.
  2. Respirez, puis asseyez-vous au bord du lit. Trois respirations lentes encore allongé, puis quelques instants assis, les pieds au sol. Offrez cette transition à votre corps.
  3. Buvez et visualisez. Un verre d'eau, puis une respiration consciente pour poser les moments clés de la journée qui s'ouvre.

Trois gestes. Deux minutes. Répétés chaque matin, ils réécrivent progressivement votre automatisme du lever. C'est la neuroplasticité à l'œuvre : nous avons toute puissance, jusqu'à notre dernier souffle, d'apprendre à désapprendre.

La question de Trouville tient toujours : comment vous levez-vous, vous ? Le geste, pas la routine. Observez-le demain matin, avec la même honnêteté que ces quatorze participants. Pour situer où se logent vos automatismes de dirigeant, faites le point avec l'autodiagnostic de L'Envol. Éclairer, accompagner, révéler les potentiels qui s'ignorent : cela commence parfois au bord d'un lit, un matin, dans un geste choisi.

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Portrait de Catherine Descamps, fondatrice de L'Envol et formatrice en neurosciences appliquées au leadership

L'auteur

Catherine Descamps

Ancienne dirigeante dans la finance, Catherine accompagne depuis plus de 10 ans les dirigeants et managers dans leur transformation. Son approche, ancrée dans les neurosciences comportementales et l'approche systémique, transforme les dynamiques relationnelles pour une performance collective durable.

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